Dimanche 4 juin 2006
Alors voilà, je suis mort. Il faut dire que je l'ai bien cherché. Cette idée de doubler l'autocar qui me précédait. Le doubler, d'accord, mais pas dans ce virage. Non, pas très maline, cette idée, et en tout cas, pas digne d'un conducteur modèle. Quand j'étais vivant, j'étais assez inconscient finalement. Enfin voilà, c'était peut être le fait d'en avoir si peur ou, du moins, d'y penser si souvent, qui l'a fait arriver dans ce virage là, cette dame que l'on s'imagine débarquer avec une faux. Une faux à l'époque des débrousailleuses et autres tailles haies. Bravo la mort !
Ceci étant dit, je me trouve un rien fanfaron à plaisanter comme ça en un jour aussi important pour moi.
Finalement, dans la vie, si j'ose m'exprimer ainsi, il y a seulement deux étapes importantes. Notre naissance et notre mort. Mes promenades antérieures dans les cimetières m'en apportent d'ailleurs la preuve irréfutable. Exemple : « Pierre Dupont-1936-1987 ». Rien d'autre ? Et bien non, rien d'autre. Deux malheureuses foutues imbéciles dates au-dessous d'un nom.
Oh, bien sûr, ceux qui l'ont connu peuvent témoigner. Sa vie ne se résume pas seulement à ça. Il a vécu pleins de jolies choses. Des choses moins belles aussi, des expériences multiples, diverses et variées. Bref, il a vécu. Et après ? Quoi après ? Et bien justement, rien : deux dates.
Si au moins j'avais réfléchi à une épitaphe sympa. Mais non, rien. Il faut quand même se rendre compte que l'on ne s'attend pas a mourir a 27 ans. Quelle idée; c'est bien de moi ça ! Un vendredi soir, en plus, pour ne pas pouvoir profiter d'un dernier petit week end.
Bravo, bravo et merci